Cette semaine m’a amené devant 5 juges différents dans 3 tribunaux de la région parisienne. Audiences surchargées, clients énervés ou abattus, juges parfois aimables, souvent impatients que l’on a l’impression d’agacer lorsque l’on plaide plus de 30 secondes.

Mon métier n’est pas de me battre contre la montre de juges submergés par la masse des dossiers mais de faire entendre la voix et les demandes de mes clients, ces êtres humains qui sans cela auraient sans doute l’impression d’être broyés par la machine judiciaire.

Mesdames, Messieurs les Juges aux affaires familiales, pensez à nos clients qui sont aussi vos justiciables et prenez le temps de l’écoute et de la compassion.

On se sépare, on se déchire, on va voir un avocat en espérant qu’il va savoir vous faire toucher du doigt la réalité de cette famille.

Puis vient l’audience. Ils arrivent, parfois de bon matin, dans un état de stress absolu.

Aujourd’hui un inconnu va décider du sort de leurs enfants, sans rien connaître d’eux ni de leur vie familiale.

Alors pensez à eux lorsque vous arrivez en retard et arrêtez de trouver normal la demi-heure ou ils vous ont attendu, sans explication. Ils en sont malades de cette attente.

Vous avez une matinée chargée, c’est certain et votre tribunal manque de personnel. Mais eux, c’est leur vie qu’ils jouent, la prunelle de leurs yeux, leurs enfants. Alors évitez les marques d’impatience.

Repensez à ce jour ou votre fille a été hospitalisée, ou alors que vous étiez dans la chambre, l’infirmière est rentrée avec le médecin, sans même dire bonjour, ils l’ont ausculté, le médecin a donné des ordres et est sorti. Il a été très efficace mais il n’a même pas jugé utile de vous parler, pourtant cela vous aurait rassuré.

Ne faites pas comme lui, écoutez les un peu, ne prenez pas un air blasé et énervé, évitez de les brusquer.

Bien sur, vous n’avez pas besoin de toutes ces informations verbales pour prendre votre décision, évidemment, vous étudierez le dossier.

Et il est normal que vous les canalisiez et gériez votre audience afin qu’elle reste d’une durée acceptable et utile.

Mais sachez faire la part entre l’inutile et l’inhumain.

Etre efficace ne suffit pas à rendre la justice sereinement.