Les deux bien sûr, mais cela n’est pas toujours possible.

Lorsqu’un client vient me voir, il est souvent certain de son bon droit et persuadé que je vais pouvoir obtenir pour lui une décision favorable.

Pourtant le loi n’est pas toujours ce que l’on croit et nombre de clients sont surpris par ce qu’est la réalité judiciaire.

J’ai toujours pensé que mon rôle d’avocat consiste à informer mes clients de la réalité juridique (la loi) et judiciaire (la pratique), à leur parler franchement afin de leur donner les éléments leur permettant de faire le meilleur choix pour eux en toute connaissance de cause. 

Mais cela m’amène parfois (et même assez fréquemment) à les décevoir quant à leurs droits, à les ramener à une réalité douloureuse à accepter.

Ainsi cet homme d’une cinquantaine d’année venu me voir récemment. Sa femme le quitte pour un autre (plus jeune), il n’a rien à se reprocher, il a toujours été bon père, bon mari, a travaillé durement pour apporter confort (et même luxe) à sa famille. Les enfants sont adolescents, sa femme qui a arrêté de travailler il y a fort longtemps a pris un amant, il peut le prouver. Il est donc certain, lorsqu’il m’informe qu’il est prêt à lui donner la moitié de leurs biens mais rien d’autre, qu’il est déjà très magnanime.

Qu’attend-il de moi? 

Que je lui dise l’amère vérité, que la moitié des biens appartient à son épouse et qu’il n’y a là nulle magnanimité, qu’en outre elle pourrait obtenir (si elle le demande) la jouissance gratuite du domicile conjugal, une pension pour les enfants et pour elle pendant la durée de la procédure et une prestation compensatoire après. Que l’adultère est certes une faute mais sans conséquences financières. Que je lui conseille donc de temporiser et tente de trouver avec lui des solutions pour éviter le pire et minimiser les risques?

Ou souhaite-t’il au contraire que je le conforte dans sa légitime colère, que je lui dise que toute demande de sa femme serait inacceptable et qu’il doit se battre?

Pour moi, aucun doute, je suis là pour dire la vérité et lui brosser un tableau aussi réaliste que possible de sa situation réelle afin de lui permettre de s’y préparer et de prendre ses décisions correctement informé.

Pourtant il va ressortir de mon cabinet très déçu, pestant contre ces lois ineptes qui refusent d’admettre sa souffrance. Puis il va en parler autour de lui et ses amis vont être sidérés. « Mais non, ca n’est pas possible, va voir un autre avocat« .

Et il en trouvera peut-être un plus commerçant que je ne lui suis, pour lui promettre ce qu’il désire.

La question est alors de savoir quel avocat il choisira.