La question se pose de plus en plus fréquemment devant les juges aux affaires familiales en matière de divorce. En effet, la surcharge des tribunaux amène de nombreuses juridictions, du moins en région parisienne, à tenter d’éviter les plaidoiries en proposant par défaut le dépôt de dossier et en ne fixant des plaidoiries que sur demande expresse (et du coup avec un délai supplémentaire).

Adepte de la transparence, je demande systématiquement à mes clients ce qu’ils préfèrent, et leur surprise est évidemment bien grande, tant il est vrai que dans l’imaginaire collectif l’avocat est surtout un plaideur.

Si lors de l’audience de conciliation toutes les surprises sont possibles, il n’en va pas de même au moment de plaider le divorce puisque selon les termes de la procédure, l’ensemble des arguments de droit et de fait est connu car échangé avant clôture des débats.

Les plaidoiries ont pour objet de donner une sorte de couleur au dossier, d’attirer l’attention du juge sur tel ou tel point, de l’éclairer sur des éléments que l’élégance ne permet pas d’écrire, de lui faire valoir les spécificités ou de lui expliquer un élément particulièrement complexe.

Mais pour autant faut-il plaider tous les dossiers ?

L’efficacité ne peut pas, dans une affaire aussi affective et intime que le divorce, être le seul argument, il faut tenir compte du vécu de chacun, de la nécessité ou se sent un époux d’être entendu car, si l’on plaide le divorce c’est que l’amiable a échoué.

Lorsque le désaccord est exclusivement financier et sauf difficulté particulière inhérente à la situation des parties, il est sans doute acceptable de ne pas plaider car le juge par essence ne s’intéressera alors qu’aux chiffres et aux justificatifs.

Mais lorsque le conflit porte sur la relation, sur les enfants, bref sur l’Humain, doit-on faire entendre à un époux en souffrance que sa parole est sans intérêt pour le juge, qu’il ne sera considéré que comme un dossier parmi d’autres, alors que pour lui, légitimement, c’est une affaire fondamentale et unique qui mérite qu’on lui octroie du temps.

Le procès a parfois un effet cathartique qu’il faut savoir respecter et il serait dommage de s’en priver.

Alors puisque la Loi prévoit les plaidoiries, j’informe le client, je lui explique mais jamais, non jamais je ne lui impose cela !