Cette question, de plus en plus fréquente, est le quotidien en cette période de grève. Les magistrats, soucieux de l’intérêt du justiciable et de la gestion de leur agenda proposent au choix de déposer le dossier sans le plaider ou de reporter l’affaire pour qu’elle soit plaidée ultérieurement. 

Dans les procédures de divorce, le ministère d’avocat est obligatoire et la procédure est donc écrite, de même qu’à la Cour d’Appel. Il en ressort que l’ensemble des arguments de fait et de droit doivent avoir été échangés entre les parties avant l’audience et que les plaidoiries n’ont pour objet que la présentation du dossier au magistrat. 

Il ne faut pas cependant minimiser l’importance de cette intervention orale qui souvent donne au juge la « couleur » du dossier, fait apparaître les points douloureux, permet au magistrat de poser des questions aux avocats pour l’éclairer. 

Depuis plusieurs années, la tendance est à faire disparaître la plaidoirie au profit de l’étude du dossier. La récente réforme de la procédure a même fait en partie disparaître le dossier de plaidoiries et dans les procédures récentes, lorsque les pièces sont clairement nommées dans le corps des écritures, il n’y a plus lieu à préparation de ce dossier qui, pourtant, présentait de sérieux avantages puisqu’il permettait de présenter le dossier différemment et de rendre les pièces immédiatement accessibles au juge sans avoir à chercher dans une masse parfois conséquente de dizaines, voire de centaines de documents. Il y a encore des dossiers de plaidoiries mais ils sont en voie de disparition. 

De plus en plus fréquemment, les juges proposent de déposer le dossier c’est à dire de déposer au tribunal les pièces et de les laisser ensuite travailler « sur dossier » sans aucune explication orale. Bien entendu la plaidoirie étant un droit, il suffit que le justiciable exige que le dossier soit plaidé pour que le juge accepte mais reporte les plaidoiries à une date ultérieure, une audience spécialement fixée. Il en va d’ailleurs de même pour les audiences dites « collégiales » qui sont un droit. 

Le problème est bien évidemment la durée du report. De quelques jours (15 jours) à plusieurs mois, l’audience peut être reportée à la date décidée unilatéralement par le tribunal en fonction des disponibilités de son agenda. Or dans les procédures de divorce, le temps n’est pas sans conséquence, loin de là. Celui qui perçoit une pension alimentaire au titre du devoir de secours, ou qui bénéficie de la jouissance gratuite du logement du ménage, a intérêt à faire durer. Son conjoint a bien entendu l’intérêt inverse. 

Alors que choisir, déposer ou plaider. 

Il faut déterminer cela au cas par cas, en fonction du dossier, en se souvenant qu’il suffit que l’un des époux veuille plaider pour que l’affaire soit plaidée. 

En ce qui me concerne, je considère que les dossiers purement financiers, qui sont principalement des bagarres de chiffres et non des points de droit ou de fait, peuvent aisément être déposés tant il est fastidieux d’écouter des plaidoiries exclusivement financières. Il en va de même lorsqu’il s’agit d’affaires dans lesquelles la difficulté se limite à une question de droit précise largement explicitée par les écritures des parties. 

Il me semble par contre que dès qu’il y a difficulté morale, souffrance, histoire compliquée, demandes spécifiques, les plaidoiries prennent tout leur intérêt et qu’il est alors préférable de plaider, même si l’affaire doit pour cela être renvoyée. 

Mais il ne s’agit que d’un avis général, qui doit être affiné au cas par cas. 

Et au final le choix n’est pas celui de l’avocat mais de son client, qui par nature a toujours le dernier mot.