Je suis parfois sidérée de noter que nos magistrats semblent trop souvent manquer du simple bon sens tant vanté par nos grands-parents.

Certaines décisions laissent penser que le juge n’a pas même réfléchi aux conséquences pratiques de ses choix, ne s’est posé aucune question sur la vie de la famille que pourtant sa décision va bouleverser.

Exemples, au presque hasard:

* un justiciable est profession libérale, son chiffre d’affaire étant en chute libre, il demande à baisser sa pension alimentaire: le juge refuse au motif…qu’il ne produit pas de fiches de paie! La décision étant exécutoire, le pauvre homme doit continuer à payer une pension d’un montant intenable en attendant l’appel 

* une femme veut quitter son concubin, elle souhaite partir vivre à l’étranger (dont elle est originaire) et il s’y oppose, elle saisit le juge pour y être autorisé (convention de la Haye oblige); le juge à la première audience refuse de statuer au motif qu’ils vivent encore ensemble… elle n’a qu’à partir et se faire héberger et le juge renvoie à 1 mois… La pauvre femme a voulu respecter la Loi, elle se retrouve sans travail et à le cloche de bois pour un mois…

* nous sommes en fin d’année, un homme sait déjà que ses primes de l’an prochain seront bien plus faibles que celles qu’il a perçu cette année, il le fait donc valoir au juge pour le divorce. Que nenni dit le juge, pour la pension alimentaire vous n’aurez qu’à me ressaisir … Le juge oublie que le saisir c’est de l’argent, du temps et des soucis.

* Madame a été frappée par son mari. Elle n’a pas porté plainte, s’est contenté d’une main courante. Il l’a menacé à nouveau, elle saisit le juge pour le divorce et demande la jouissance du logement et les enfants. Il les terrorise au quotidien par ses hurlements et ses menaces, les voisins attestent et plus la date d’audience avance, pire c’est. Lors de l’audience, il est demandé au juge, vu la situation, de statuer rapidement, que Monsieur parte au plus vite. Les violences morales n’existent pas dit le juge, la situation peut bien durer un peu, et elle donne à Monsieur 3 mois pour partir… elle n’imagine visiblement pas le quotidien de cette famille.

* Monsieur demeure à l’étranger, il veut voir ses enfants et demande au juge de statuer précisément car la mère ne met aucune bonne volonté. Il veut que soit prévus dans les moindres détails les voyages des enfants. Le juge bâcle sa décision, se contentant de préciser que les parents devront à l’avance se mettre d’accord sur les modalités de transport… Comment le juge peut-il imaginer que les parties vont s’accorder, mystère… il a fallu faire appel

Ce sont des quelques exemples, je n’en ai pas toujours été l’avocat, souvent je suis intervenue après, en appel, ou même pour l’autre partie mais chaque fois je suis frappée du manque de pragmatisme, de l’absence totale de compréhension de ce que peut-être une procédure au quotidien pour un justiciable, des conséquences sur sa vie…