La relation client/avocat n’est pas toujours facile car, outre le problème de communication inhérent à toute relation humaine, s’ajoutent plusieurs difficultés.

Tout d’abord le droit est précis et a son propre langage, parfois difficile à éviter. Tribunal, audience, délibéré, requête, assignation, jurisprudence sont les plus simples mais pas toujours les mieux définis, sans compter les sigles TGI, JAF, TI, TE …. et que dire des « audiences de procédures » et autres « provision ad litem ». Bien entendu je sais que ce langage n’est pas d’un accès facile et j’essaie, dans mes consultations de les éviter ou de les expliciter, mais ils sont obligatoires dans les écrits.

N’hésitez pas à demander à votre avocat d’expliquer ce que veut dire tel ou tel terme.

La seconde difficulté tient à la télévision et ses multiples feuilletons judiciaires américains. Chacun ou presque a eut l’occasion de voir un procès américain et son déroulement télévisé. C’est donc souvent à cela que s’attend le justiciable lorsqu’il vient voir son avocat. Or le système français est très différent du système américain et rien ne se passe comme à la télé… C’est ainsi que lors d’un entretien, alors que j’expliquais au client le déroulement de l’audience de conciliation de divorce, il m’a demandé pourquoi je ne lui parlais pas du jury… Il a été vraiment très surpris d’apprendre qu’il n’y en aurait pas et que seuls les procès d’assise avaient des jurés.

Rappelez vous que le système judiciaire est différent dans chaque pays, et demandez à votre avocat de vous expliquer le déroulement de la procédure.

Le troisième problème concerne ce que j’appelle « le conseil du meilleur ami ». Quand on est touché par un problème personnel, on en parle souvent à un ou une amie proche. Et là, gare aux conseils mal digérés ou obsolètes. Car cette personne a divorcé il y a dix ans, ou l’un de ses amis a divorcé et elle va donc prodiguer ses conseils, qui sont souvent inadaptés voire parfaitement incongrus car il est du juridique comme du médical, les conseils des professionnels sont irremplacables.

En cas de souci, allez consulter un spécialiste, votre avocat, il saura vous donner des conseils adaptés à votre situation.

Mais le plus grand écueil n’est pas technique, il est humain et particulièrement fort en droit de la famille.

Lorsqu’un client arrive à mon cabinet avec un problème de droit de la famille, il est nécessairement stressé, perturbé par ce problème qui touche à ses sentiments, à sa famille, à toute sa vie parfois. Il n’est pas possible de parler sereinement de ces choses, elles sont trop proches, trop sensibles.

Il vient avec un problème humain auquel je dois trouver une solution juridique. Il arrive fréquemment avec une idée précise, souvent fausse: « mon mari m’a dit », »c’est moi qui ai tout payé donc tout est à moi » , »le bail est à mon nom il n’a qu’à partir »… ou un désir absolu pour lequel il souhaite que nous trouvions une solution « je ne veux pas qu’elle quitte la région », « je refuse de divorcer, je n’ai rien à me reprocher », »je refuse toute prestation compensatoire », « je refuse le test ADN », « je veux la moitié de son salaire »… 

Je l’écoute, je fais le point avec lui de la réalité objective de la situation de la famille et je commence alors à lui expliquer ce que la loi prévoit, les alternatives possibles en attirant son attention sur les risques s’il veut maintenir une position difficile.

Ce que je dis le choque nécessairement, parfois beaucoup, et il a du mal à admettre que ce soit vrai. Qu’il ait le sentiment d’une grande injustice ou au contraire qu’il soit heureusement surpris de ses droits, il va même parfois ne pas « entendre » ce qui lui est dit, même si c’est dit à plusieurs reprises, voire écrit.

Les relations avocats/clients étant basées sur la confiance, on ne peut systématiquement tout écrire, tout retranscrire de nos conversations téléphoniques, au cabinet, ou même du déroulé de l’audience.

Bien sur lorsque je sens qu’un client n’entend pas un point important, j’attire son attention et le lui écris à plusieurs reprises mais cela ne suffit pas toujours.

La difficulté tient ici à l’humain et à sa capacité infinie à ne pas entendre ce qui le fait trop souffrir ou va contre ses croyances.

Et tout au long de la procédure, le client imagine ce qui se passe, croyant parfois même que je suis informée de ce qui arrive dans sa vie alors qu’il ne me le dit pas. Ainsi il est assez fréquent qu’un client déménage et oublie de nous en informer. « Ah pardon Maître, je pensais que vous le saviez »…c’est bien compréhensible, ce litige est si important pour le client qu’il a l’impression que je fais partie de sa vie, que je suis là au quotidien.