Tous les avocats le redoutent et le savent, nos clients parfois nous mentent.

Par omission parfois, par peur souvent, par honte de temps à autre.

Ils veulent se présenter sous un jour meilleur pour obtenir notre sympathie, notre empathie ou notre aval et être sur que c’est de tout coeur que nous défendrons leur dossier.

Mais c’est bien mal connaître le rôle de l’avocat qui est de conseiller, assister et défendre son client sans jamais le juger. Ca n’est pas en notre client que nous avons foi mais en notre rôle de défenseur et même le pire des hommes (ou des femmes) a le droit légitime d’être défendu au mieux (mais c’est un autre sujet, j’en parlerai sans doute un jour prochain dans un billet).

Mentir à son avocat c’est prendre le risque majeur de perdre son procès. Pourquoi? Parce que ce que votre avocat ignore, il ne peut s’en prémunir et donc il ne peut trouver de parade. N’oubliez jamais qu’à l’audience vous n’êtes pas seul, il y a l’autre, l’adversaire, qui sera trop content de mettre en avant le mensonge et de vous montrer sous un jour néfaste.

Bien souvent, si l’avocat l’avait su, il aurait pu, par avance, réagir et trouver une solution.

Imaginons, mon client m’indique que son ex ne s’occupe jamais des problèmes médicaux des enfants qu’il gère seul. C’est merveilleux, c’est un argument très interessant pour prouver qu’il est disponible pour s’occuper des enfants et qu’elle l’est moins. Je le soutiens donc à l’audience, les deux parents étant présents. Madame s’empresse d’intervenir et dit « qu’est ce que tu racontes, nous avons assisté ensemble à tous les rendez vous médicaux depuis notre séparation » et Monsieur rétorque « oui mais c’est moi qui avait pris le rendez vous »…L’avocat de Madame a beau jeu de faire valoir que non seulement sa cliente applique particulièrement bien la notion d’autorité parentale conjointe et que Monsieur est de très mauvaise foi…

Heureusement ce n’est qu’imagination, j’ai appris en plus de 20 ans de barreau à pratiquer ce que les psychologues appellent la reformulation pour m’assurer de ce que l’on me dit.

Mais dans le passé, j’ai quelques souvenirs plus ou moins amusants (selon que j’étais ou non l’avocat du « menteur »). Ainsi cet homme qui demandait une baisse de pension conséquente et avait « oublié » d’informer son avocat qu’il perçevait une retraite de l’armée en plus de son salaire…de telle sorte que son revenu avait augmenté depuis la fixation initiale de la pension. Il a été condamné à une augmentation de la pension, ma cliente était ravie. Il aurait dit la vérité à son avocat, il aurait pu lui éviter cela.